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Ce que quitter la France m'a appris sur le confort, la peur et les excuses


Le jour où nous avons quitté la France, je pensais partir pour construire une nouvelle vie.

Avec le recul, je crois surtout que ce départ m'a obligée à regarder en face trois choses que je ne comprenais pas encore vraiment.

Le confort ;La peur et les excuses.


À l'époque, je n'aurais probablement pas formulé les choses ainsi.

J'aurais parlé de vision. J'aurais parlé de foi. J'aurais parlé d'un projet de vie.

J'aurais parlé de cette conviction qui nous poussait vers l'Afrique depuis plusieurs années.

Mais aujourd'hui, avec davantage de recul, je réalise que ce voyage a été bien plus qu'un changement de pays.


Il a été un révélateur.

Un révélateur de ce qui pousse les êtres humains à avancer et surtout de ce qui les empêche de le faire.

Je me souviens encore des semaines précédant notre départ.

Les cartons, les démarches administratives, les discussions interminables, les valises ouvertes au milieu du salon, les enfants qui posaient des questions, les proches qui tentaient de comprendre.


Et au milieu de tout cela, cette sensation étrange de marcher vers quelque chose que nous ne maîtrisions pas complètement.

Nous n'avions pas une ferme, un ranch, un projet parfaitement sécurisé.

Nous avions une vision et une décision.

Le reste, nous allions devoir le construire.


Ce qui est fascinant, c'est que les réactions étaient presque toujours les mêmes.

"Et si ça ne marche pas ?"

Et les enfants ? votre activité ? l'argent ? la sécurité ?

Personne ne posait de mauvaises questions.

Elles étaient toutes légitimes.

La vérité, c'est que je me les posais aussi.


Simplement, j'avais compris quelque chose que je ne comprenais pas quelques années auparavant.

L'absence de réponse n'est pas toujours une raison suffisante pour rester immobile.


La première chose que quitter la France m'a apprise, c'est que le confort est souvent plus dangereux que l'inconfort.

Cette phrase paraît absurde lorsqu'on la lit pour la première fois.

Pourtant, je la crois profondément.


Parce que les plus grands renoncements que j'ai observés dans ma vie et dans celle des entrepreneurs que j'accompagne ne viennent pas toujours de la difficulté.

Ils viennent souvent du confort.

Le confort est séduisant. II ne te bloque pas frontalement. Il ne te dit pas d'abandonner tes projets.

Il ne te dit pas de renoncer à tes rêves. Il te dit simplement d'attendre un peu.

Encore quelques mois, encore une année, encore un peu plus de sécurité, encore un peu plus d'argent, encore un peu plus de certitudes.


Le confort est un négociateur extrêmement patient.

Il te laisse croire que tu avances alors que tu reportes simplement les décisions importantes.

Pendant longtemps, notre vie en France était confortable.

Pas parfaite.

Confortable.

Nous connaissions les codes, les règles, le fonctionnement du système.

Nous savions où aller quand un problème survenait et comment organiser nos journées.

Tout était prévisible.

Et c'est précisément ce qui rendait la décision difficile.

Parce que quitter quelque chose de douloureux est relativement simple.

Quitter quelque chose d'acceptable est beaucoup plus compliqué.

Le confort ne détruit pas les visions.

Il les endort.


La deuxième chose que ce départ m'a apprise concerne la peur.

Avant de partir, je pensais que les personnes courageuses avaient moins peur que les autres.

Aujourd'hui, je sais que c'est faux.

Les personnes courageuses ont souvent exactement les mêmes peurs que tout le monde.

Elles prennent simplement leurs décisions malgré elles.

J'avais peur.

J'avais peur pour mes filles, de l'inconnu.

J'avais peur de me tromper, de prendre une mauvaise décision.

J'avais peur que les critiques aient raison.

J'avais peur de découvrir que la réalité serait plus compliquée que ce que nous avions imaginé.


Et pendant longtemps, j'ai cru que cette peur était un problème.

Puis j'ai compris quelque chose.

La peur n'est pas le problème.


Le problème, c'est lorsque la peur devient décideuse.

Parce qu'elle ne construit rien.

Elle analyse, anticipe , identifie les risques.

Elle imagine les scénarios catastrophes.

Elle fait très bien son travail.

Mais elle est incapable de bâtir un projet.

Si j'avais attendu de ne plus avoir peur avant de partir, je serais probablement encore en train d'attendre aujourd'hui.

Et je crois que beaucoup de personnes sont dans cette situation.

Elles attendent le moment où elles se sentiront totalement prêtes.

Le moment où elles auront toutes les réponses.

Le moment où elles n'auront plus peur.

Ce moment n'existe pas.


La plupart des décisions importantes de ma vie ont été prises avec une part d'incertitude.

Et je n'ai jamais rencontré un entrepreneur sérieux qui fonctionne autrement.

La peur ne disparaît pas après une décision.

Elle change simplement de place.

Elle accompagne souvent ceux qui construisent.

Mais elle cesse de diriger.


Enfin, la troisième chose que quitter la France m'a apprise concerne les excuses.

Et c'est probablement la leçon la plus inconfortable.

Parce qu'il est beaucoup plus agréable de croire que nous sommes bloqués par les circonstances.

J'entends souvent les mêmes phrases.

Si j'avais plus d'argent, de temps, si mon conjoint me soutenait, si mes enfants étaient plus grands.

Si j'étais plus jeune, plus formé, plus de contacts.

Ces phrases paraissent logiques ;parfois elles sont même vraies.

Mais elles ont un point commun.


Elles repoussent toujours le pouvoir d'agir à plus tard.

Je ne suis pas partie parce que toutes les conditions étaient réunies.

Elles ne l'étaient pas. Je ne suis pas partie parce que j'avais toutes les garanties.

Je ne les avais pas. Je ne suis pas partie parce que j'avais éliminé tous les risques.

C'était impossible.


Je suis partie parce qu'à un moment donné, j'ai compris qu'aucune excuse ne construirait cette vie à ma place.

Et c'est là que beaucoup de visions meurent.

Pas par manque de potentiel, pas par manque d'appel, pas par manque de capacités.

Mais parce que les excuses deviennent plus confortables que les décisions.


Aujourd'hui, lorsque je regarde notre parcours au Togo, je ne vois pas une succession d'actes héroïques.

Je vois une accumulation de décisions imparfaites.

Des décisions prises sans tout comprendre.

Des décisions prises avec des questions encore ouvertes.

Des décisions prises malgré les peurs.

Des décisions prises malgré les critiques.

Des décisions prises malgré l'absence de garanties.


Et je crois que c'est ce qui sépare souvent ceux qui construisent de ceux qui restent spectateurs de leur propre vie.

Les premiers ne possèdent pas forcément plus de talent.

Ils ne possèdent pas forcément plus d'argent. Ils ne possèdent pas forcément plus de compétences.

Ils ont simplement arrêté d'attendre que le confort disparaisse, que la peur s'éteigne et que toutes les excuses soient levées.

Parce qu'aucune vision ne se construit dans des conditions parfaites.

Elle se construit dans la réalité. Et la réalité est presque toujours incomplète.


Si cet article résonne particulièrement en toi, réserve ton audit stratégique.

Parfois, ce qui bloque ton évolution n'est pas un manque de compétences.

C'est une décision que tu sais déjà devoir prendre.


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